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L’Art est une nécessité vitale pour la plupart des artistes. C’est le cas pour le peintre Maurice Estève dont je vous propose de découvrir  le musée monographique sis à Bourges dans le très bel hôtel des Echevins en plein cœur de la ville. Ce remarquable bâtiment dont la silhouette gothique et le décor abondant séduisent immédiatement le regard comprend un corps de logis de la fin du XVe siècle avec une tourelle du XVIe siècle, le tout construit en prenant appui sur la muraille gallo-romaine. Initialement, cet ancien hôtel de ville est le premier lieu représentant la municipalité de Bourges. Les assemblées réunissant le maire et les échevins y ont lieu et l’on y conserve les archives municipales. Plus tard, au XVIIe siècle, l’architecte berruyer Jean Lejuge ajouta une galerie reliant la tourelle au corps de bâtiment et le conseil des Echevins fût transféré vers le palais Jacques Cœur. Après moults changements de propriétaires, l’hôtel devenant la propriété de la ville de Bourges en 1834 est utilisé comme petit lycée. Classé monument historique en 1886, il lui faudra, pourtant, attendre un siècle plus tard pour être enfin entièrement restauré afin de devenir un lieu exclusivement consacré à l’œuvre de Maurice Estève

 

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autoportrait Maurice Estève

 

 

Mais qui est Maurice Estève ? est la question qui me trotte dans la tête en arrivant pour visiter ce très beau musée qui m’accueille dès la cour de l’hôtel avec le Caliban, une sculpture de l’artiste Alexandre Calder. Maurice Estève est un peintre, graveur et dessinateur né le 2 mai 1904 à Culan dans le Cher et mort le 29 juin 2001 dans la même ville. Il est un peintre majeur du XXe siècle quoique majoritairement connu par les professionnels et bien moins par le quidam. Totalement autodidacte, sa production tout autant que son génie sont époustouflants.

 

 

 

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Le musée conserve la donation que Maurice Estève fit de son œuvre en 1985. Il protège 60 huiles sur toiles, 21 aquarelles, 35 dessins, 14 collages, 3 tapisseries, 82 lithographies et 7 albums de linogravures. Particulièrement bien scénographié, il permet une appréhension à la fois chronologique, didactique et rétrospective de l’œuvre de cet artiste. En parcourant les différentes salles réparties sur trois étages, je découvre, ainsi, à la fois la multiplicité de son talent et l’histoire de sa vie car le jeune Maurice commence à peindre dès l’enfance et formule très tôt le souhait de devenir artiste peintre ce que ses parents d’origine modeste (sa mère est couturière et son père cordonnier) refusent au point d’utiliser les dessins de l’enfant prodige pour allumer le feu du foyer familial…

 

paysanne Maurice Estève

chataigneraie Maurice Estève

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon cœur s’est serré à l’évocation de ces scènes… Je n’en admire que plus la ténacité avec laquelle le jeune Maurice a tracé sa route toute de sensibilité, de curiosité et d’audace. Dès la première pièce visitée, je constate que la découverte de son œuvre est un support à l’histoire de l’Art car il a exploré toutes les techniques. Toujours dans cette première pièce, une petite huile m’interpelle par la franchise de ses tons et la simplicité du trait qui n’est qu’illusoire puisque le jeune artiste sait déjà très bien ce qu’il cherche. Sur cette huile intitulée "Paysanne endormie aux rideaux verts", il a peint une femme au jupon bleu  en mémoire de ses grand parents chez qui il va grandir et qui lui permettront, quant à eux, de pratiquer la peinture librement.

 

les oubliés- Maurice Estève

 

Après la Première Guerre Mondiale, Maurice Estève retrouve ses parents en 1918 à Paris. Il entre comme apprenti chez un typographe puis dans un atelier de dessin de mobilier moderne et suit des cours du soir de dessin. Un an plus tard, il découvre la peinture de Paul Cézanne dont l’influence comptera pour beaucoup dans sa réflexion sur l’interprétation de son univers. Il développe aussi un véritable goût pour les grands maîtres comme Fouquet, Ucello et Poussin, subit un temps l’influence du surréalisme de Giorgio de Chirico et présente en 1930 sa première exposition personnelle.

 

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Ainsi se succède dans les différentes salles du musée, l’exposition du parcours, des recherches, des questionnements, des explorations de Maurice…

 

charmeur de serpents-Maurice Estève

oeuvre-Maurice Estève

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Buranlure

 

 

 

 

…et puis de ses succès, évidemment… Les œuvres pour lesquelles il est connu. Œuvres lumineuses et mystérieuses faites de transparences superposées particulièrement colorées dans une peinture en aplat et une simplification des formes.

Buranlure. copyright ADAGP

 

 

 

 

 

 

SkibetSkibet.copyright ADAGP

Pourtant, je trouve ses aquarelles absolument sublimes. Ses dessins sont le lieu de mélanges de médiums sans aucune censure personnelle lui permettant d’aboutir à ce qu’il veut, le trait de certains de ses fusains est d’une maturité superbe qui m’impressionne.

 

aquarelle-Maurice Estève

dessin-Maurice Estève

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur le tard, il explore les collages qu’il aborde avec l’humour savoureuse que l’on retrouve parfois dans les titres de ses œuvres. D’ailleurs, pour lui, une œuvre est terminée lorsqu’elle est pourvue d’un encadrement que souvent il dessine et d’un titre.

 

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Il accède à la reconnaissance en 1940 vers la quarantaine, signe un contrat d’exclusivité avec la galerie Louis Carré et cesse donc de faire des petits boulots pour subsister. Il expose alors régulièrement à l’étranger et est remarqué par ses ainés : Braque, Matisse, Picasso… Il continue de travailler à Culan et décide de faire une donation de ses œuvres, notamment de peintures qu’il n’a jamais voulu vendre, à la ville de Bourges en 1985. Deux autres donations suivent et permettent de suivre son parcours artistique de 1918 à 1988.

 

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le peintre-Maurice Estève

 

 

 

En 1947, Maurice Estève a réalisé une série de toiles des Métiers essentiels à la vie.  C’est pour moi, peut-être le lieu, la place la plus importante de ce musée monographique. Car au milieu des différentes professions choisies souvent parmi les plus simples, celles d’ouvriers, j’y vois un autoportrait de l’artiste oeuvrant à son chevalet. Ainsi Esteve nous dit en substance : Si l’Art est vital pour l’artiste, l’artiste, le peintre est un métier vital pour la société à qui il apporte une nourriture spirituelle nécessaire par son œuvre réalisée…

 

 

 

 

 

Samsâra

 

CARNET DE NOTES

 

Musée Estève – 13 rue Branly – 18000 Bourges – Tel 02 48 24 75 38 ouvert tous les jours de 10h à 12h et de 14h à 18h sauf le dimanche matin et le mardi toute la journée. https://www.ville-bourges.fr/site/musee-esteve

Selon la volonté de Maurice Estévès, un département éducatif au sein du musée reçoit chaque année de nombreux enfants et adolescents qui sont ainsi sensibilisés à l’Art.

Par ailleurs, le musée offre une accessibilité à 100% aux personnes en situation de handicap, toujours selon la volonté de l’artiste. La muséographie s’adapte donc au handicap auditif, visuel et mental.

Ce reportage a été réalisé grâce à Tourisme & Territoires du Cher. www.tourisme-territoiresducher.fr

 

Samsâra.copyright ADAGP